Souvenirs
Le ramassage scolaire: chacun son clan !
Dans la ville où j’ai grandi, le collège se trouvait au bourg et j’habitais dans un quartier un peu reculé, à la campagne . Le ramassage scolaire se faisait entre certains quartiers et les collèges , notamment le collège Petit Manoir du Lamentin. Pour notre quartier, il y avait deux bus dont les chauffeurs ne s’appréciaient pas du tout et une forme de concurrence s’était installée entre eux : chacun voulait transporter le plus d’élèves.
il y avait deux rotations par jour car nous rentrions déjeuner le midi à la maison pour beaucoup d’entre nous. Le prix du bus était environ 2 francs.
Il y avait un bus blanc à bandes bleues, conduit par M. R. et l’autre bus, blanc à bandes rouges, conduit par M. B.
Nous avions l’impression de faire partie de deux groupes un peu rivaux.
Avec le temps, une certaine fidélité s’était créée entre les élèves et leur chauffeur. Quand on prenait un bus, il était mal vu de prendre celui de l’autre chauffeur , ou alors il valait mieux rester discret, au risque de vexer le chauffeur du bus habituel. C’était assez drôle car deux enfants d’une même famille pouvaient monter dans deux bus différents.
Bien sûr, les limitations de vitesse étaient respectées, mais tout se jouait dans la stratégie. Par exemple, mon chauffeur pouvait ne pas s’arrêter pour un élève qui prenait les deux bus, sachant que l’autre le récupérerait.
Et quand un bus dépassait l’autre, l’ambiance changeait aussitôt dans le bus qui prenait l’avantage, il y avait des cris, des gestes de victoire… comme si on venait de gagner une régate.
Souvent, quand le bus arrivait après la sortie des classes, on se battait un peu pour monter dans notre bus. Les premiers rentrés réservaient une place pour un autre camarade , parfois en lui prenant son sac par la fênêtre . Je me souviendrai toujours de cette collégienne qui , dans cette bousculade presque quotidienne, avait glissé et s’était retrouvée sous le bus , se blessant légèrement.
Il pouvait arriver que la mécanique soit défaillante et quand un des véhicules tombait en panne, c’était catastrophique ! Mon chauffeur , Mr R était très bricoleur. et ca lui arrivait de bidouiller dans le moteur, en nous attendant devant le collège ( une partie de la motorisation était accessible près du chauffeur , fermé dans un coffrage semi rigide, que ca m’arrivait de l’aider à refixer)) et reprendre la route pour nous ramener, les mains avec du cambouis résiduel, avec une certaine satisfaction d’avoir partiellement résolu ses problèmes mécaniques.
Il était d’une grande gentillesse avec un sacré caractère . N’habitant pas près de la route, s’il ne me voyait pas, il jetait toujours un coup d’oeil dans ma direction au cas où il pourrait m’apercevoir et s’arrêter.
Côté musique, comme Joe le taxi de Vanessa Paradis , dans le bus de Monsieur R , la musique résonne (C’était l’époque des auto-radios à cassettes , de type Pionner ou Blaupunkt ): du zouk , du raggamuffin , les derniers tubes à la mode). Souvent, un élève pouvait lui passer une cassette faite pas un frère ou un voisin qui avait les derniers vinyls sortis.
Les soirées ZOUK !!!!
Durant mes années collège et lycée , les jeunes organisaient chez eux des soirées appelées « zouk ». Elles se déroulaient généralement dans la maison familiale, le plus souvent dans le garage. L’entrée était payante, avec un tarif qui tournait autour de 50 à 80 francs.
Ces soirées étaient organisées par des jeunes encore au collège ou au lycée. Leur succès dépendait souvent du caractère rassembleur, voire du charisme de l’organisateur au sein de son établissement : plus il était connu et apprécié, plus la soirée attirait du monde. Pour en faire la promotion, ils imprimaient des flyers qui circulaient ensuite de main en main. Le temps d’une soirée, cela devenait une véritable petite entreprise familiale.
Il existait aussi ce qu’on appelait les « zouk bouteille ». Dans ce cas, il n’y avait pas de droit d’entrée : chacun venait avec quelque chose à partager. Les filles apportaient généralement une tarte ou un gâteau, tandis que les garçons venaient avec une bouteille de soda.
Dans le même esprit, après les résultats du bac, on organisait des soirées appelées « monômes ». Elles n’étaient pas payantes, mais reposaient sur le principe de la participation : chacun amenait quelque chose, dans une ambiance festive pour célébrer la fin des examens.
Un autre phénomène bien connu de ces soirées était ce qu’on appelait « faire la grille ». Certains tentaient d’entrer sans payer en contournant l’entrée principale, en passant par le fond du jardin et en escaladant la clôture. Les plus déterminés allaient encore plus loin : dans certaines soirées organisées dans de grands domaines, ils n’hésitaient pas à s’aventurer de nuit, équipés d’une lampe torche, voire d’une boussole, pour trouver un accès discret. Certains se souviendront notamment de la fameuse citadelle du Diamant.
Il arrivait aussi que certaines soirées soient perturbées par une personne ayant lancé un gaz lacrymogène sur la piste de danse. L’incident ne durait généralement pas longtemps, le temps que le gaz se dissipe et que l’ambiance reprenne. Je garde en mémoire une scène particulière où tout le monde avait évacué précipitamment, sauf un couple de danseurs resté au milieu de la piste, totalement absorbé dans un zouk si sensuel et envoûtant que leur système olfactif semblait n’avoir envoyé aucun signal d’alerte…
Chacun avait son rôle : le père s’occupait de l’installation et de l’organisation des lieux pour accueillir au mieux les invités, tandis que la mère préparait les plats servis pendant la soirée, le plus souvent un simple mais efficace riz-poulet. Les jeunes, eux, géraient l’entrée, les invités et la caisse.
On plaçait toujours à l’entrée un adulte ou un jeune particulièrement costaud, au cas où il y aurait des problèmes au portail. L’ambiance était assurée par des DJ, dont certains étaient bien connus et réputés pour animer ces soirées.
Certaines familles s’étaient même forgé une solide réputation pour la qualité de leurs événements, connus dans plusieurs lycées de la Martinique grâce au bouche-à-oreille. À l’époque, les meilleures soirées avaient lieu plutôt au centre de l’île, entre Fort-de-France et Ducos, où se concentraient les principaux lycées.